Au début du siècle, ces mêmes publicités étaient diffusées, mais elles concernaient l'extension d'un autre organe. Un revirement s’opéra en 2008, lorsque les scientifiques établirent la vérité qu'il existait une relation entre la longueur du nez et l’organe en question. Depuis, plus personne ne s’efforçait à allonger ce qui se trouvait dans le pantalon, puisque personne ne le voyait. Au lieu de cela, on se faisait allonger son nez pour démontrer de la virilité.

Gauchaud avait le nez assez long, et même s’il était d’une longueur insuffisante, il n’aurait pas pu le faire allonger avec ses revenus d'universitaire. Au lieu de se consacrer à son nez, Gauchaud décida de faire quelque chose pour tout son corps et alla dans la salle de bains prendre une douche.

Hélas, il n'y avait pas d'eau. Une brute avait fait main basse sur trois kilomètres de conduite d’eau, et désormais l'ensemble de population de la Bulgarie était mis au régime sec. Bien sûr, il y avait de l'eau dans le quartier de luxe à Sofia, mais là vivait la majorité. Dans ces quartiers, les règlements étaient observés et il n’y avait pas d’arnaques. Hélas, Gauchaud vivait dans le quartier bulgare d’Obélia, reconnu comme le quartier des possibilités illimitées. À Obélia, tout était possible, on pouvait vous dérober même l’oreiller, pendant que vous dormiez dessus. Cela était fort possible, à condition que vous ayez un poids inférieur à cent kilos. Gauchaud pesait cent dix, et personne ne touchait à son oreiller.

Au lieu de prendre une douche, il se vêtit à la hâte et s’achemina vers le centre hospitalier de don de sang. En outre, la douche était devenue une dépense exorbitante, depuis que Sanspetitpas avait privatisé le réseau de distribution d'eau. Et surtout pour un universitaire, la douche était devenu un luxe inaccessible.

En Bulgarie, la société avait une structure très curieuse. Au sommet de la pyramide sociale avaient accédé les criminels, surnommés encore sales gueules, tandis qu’au bas font demeuraient les universitaires, appelé les niais. Gauchaud enseignait les Équations Différentielles Extraordinaires à l'Université de Sofia. C’était une branche des mathématiques incompréhensible pour personne, y compris au professeur agrégé Gauchev. En dépit de son statut social inférieur, Gauchaud ressemblait heureusement plutôt à un criminel qu’à un professeur d’université, et pour cette raison, les gens dans la rue le traitaient avec respect.

La minorité bulgare se composait principalement de vieilles filles et de vieux garçons célibataires. Gauchaud n’était pas une exception. Il était âgé de 48 ans et quoiqu’il portait bien son âge, la probabilité de se marier était égale à celle de devenir, un jour, président des États–Unis.

En Bulgarie la période d'accouplement continuait environ jusqu'à l’âge de la soixantaine et prenait fin avec le décès de l'individu. Dans les autres pays, cette période appelée teenage se terminait vers les vingt ans, âge où les individus fondaient une famille et commençaient à faire des enfants. Les Bulgares ne fondaient pas de familles, ni ne donnaient la vie à des d’enfants, ce qui explique pourquoi les hommes quadragénaires avaient un comportement d’adolescents, et en venaient aux mains à la première occasion.

Lorsque ce matin, Gauchaud essaya de passer par la porte de l’immeuble, il s’avéra qu'une crapule avait garé son Jeep, juste devant l’entrée, et Gauchaud devait se déterminait à se faufiler en rompant au–dessous ou passer par dessus la gueullo–mobile. La civilité exigeait de se faufiler au–dessous, mais Gauchaud craignit que sa bedaine ne soit bloquée et opta pour le choix de passer par en dessus.

Gauchaud passa par dessus le capot, l’incurva légèrement, et sauta de l’autre côté gracieux comme une éléphante en état de grossesse. Alors devant lui se campa la crapule en question, dont le véhicule était devenu victime du poids de Gauchaud . Le propriétaire de la Jeep était un jeune garçon très sympathique. Il est vrai que c’était une crapule, mais en Bulgarie, ce n'était pas un péché grave, car dans ce pays tous étaient des crapules. La législation locale contenait tant de lois insensées, que même l’homme le plus probe et le plus humble finissait par devenir tôt ou tard un criminel. Plus précisément, cela advenait à l’âge de la maturité, car avant les 18 ans, les Bulgares étaient des délinquants juvéniles. Bien sûr, en raison du déclin démographique, le problème des mineurs criminels fût résolu de lui–même, car il disparut avec la disparition des enfants.

Donc, le criminel en question se campa devant Gauchaud et demanda un peu confus:
– Toi, pourquoi passes–tu par–dessus ma voiture ?


 
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